{"id":25,"date":"2019-07-04T18:06:29","date_gmt":"2019-07-04T16:06:29","guid":{"rendered":"http:\/\/www.pringueycessac-charlotte.com\/site\/?page_id=25"},"modified":"2024-11-13T01:10:35","modified_gmt":"2024-11-13T00:10:35","slug":"textes","status":"publish","type":"page","link":"http:\/\/www.pringueycessac-charlotte.com\/site\/textes\/","title":{"rendered":"Textes"},"content":{"rendered":"\n<p> \u2022<strong> Projet Nomade<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Le mot n&rsquo;est pas la chose, le r\u00e9el se soustrait \u00e0 sa repr\u00e9sentation de m\u00eame que \u00ab la carte n&rsquo;est  pas le territoire \u00bb ainsi que le proclamait Alfred Korzylski. Et si l&rsquo;art n&rsquo;est pas la vie, la carte peut-elle  au moins d\u00e9finir les trac\u00e9s de ces errances auxquelles les artistes s&rsquo;adonnent autour du projet  NOMADE de Charlotte Pringuey Cessac. Celui-ci est exemplaire d&rsquo;une d\u00e9marche qui privil\u00e9gie  l&rsquo;itin\u00e9rance, l&rsquo;exp\u00e9rimentation et le partage \u00e0 la simple r\u00e9alisation de l\u2019\u0153uvre, de son ach\u00e8vement et  de la sacralisation qui en r\u00e9sulte. Elle s&rsquo;\u00e9labore au fil d&rsquo;un long processus o\u00f9 temps et espace  s&rsquo;entrem\u00ealent, dans l&rsquo;incertitude des rencontres, au hasard du quotidien, si bien que plut\u00f4t que de s\u2019amarrer \u00e0 une r\u00e9sidence dans l&rsquo;Espace d&rsquo;Art METAXU \u00e0 Toulon, l&rsquo;artiste pr\u00e9f\u00e9ra une r\u00e9sidence  nomade qui l&rsquo;entra\u00eena durant un mois dans un tour de France \u00e0 bord de sa voiture o\u00f9 elle glissa dans  l&rsquo;\u00e9tag\u00e8re au-dessus de sa boite \u00e0 gants des mouchoirs en porcelaine. L&rsquo;enjeu consista alors \u00e0 les  \u00e9changer d&rsquo;un lieu \u00e0 l&rsquo;autre avec 18 autres artistes pour des \u0153uvres qui tiendraient dans un espace  aussi r\u00e9duit. Et comme Charlotte Pringuey Cessac transportait \u00e0 chaque fois de nouveaux passagers,  ces \u0153uvres devenaient l&rsquo;objet d&rsquo;une m\u00e9diation, elles s\u2019ins\u00e9raient dans le flux d&rsquo;une parole, dans la transformation du sens, dans une figuration de la fragilit\u00e9 et de l&rsquo;\u00e9ph\u00e9m\u00e8re.<br> L&rsquo;infime se noue alors \u00e0 l&rsquo;intime tant tout projet r\u00e9sulte d&rsquo;un cheminement personnel mais  aussi d&rsquo;un ensemencement pour une r\u00e9colte incertaine et un partage. Le projet est aussi ce trajet. Et  il impliquera d\u00e9s lors un d\u00e9placement, un instant de qualit\u00e9 humaine dans la rencontre de l&rsquo;autre et  la solidarit\u00e9. L\u2019\u0153uvre aboutie en est le t\u00e9moignage et chaque artiste ajoute sa modeste pierre \u00e0 cette \u0153uvre commune. Quelle est la valeur d&rsquo;usage de l&rsquo;art ? Et si elle correspondait \u00e0 une valeur  d&rsquo;\u00e9change autre que celle qui d\u00e9finit d&rsquo;ordinaire nos rapports sociaux ? C&rsquo;est aussi dans cette  perspective que s&rsquo;inscrivent les recherches de l&rsquo;artiste quand elle se mesure \u00e0 la polyphonie des autres cr\u00e9ations, au dialogue et au jugement de ceux qui les approchent.<br> Souvent attach\u00e9e \u00e0 la notion de durabilit\u00e9, l\u2019\u0153uvre exprime pourtant un \u00e9tat ponctuel du  monde. Elle est un pr\u00e9sent continu qui \u00e9nonce des potentialit\u00e9s humaines et sociales. L&rsquo;\u00e9ph\u00e9m\u00e8re  conditionne ses formes en devenir. Aussi pour l&rsquo;ensemble des artistes convoqu\u00e9s, le temps avec les  s\u00e9quences qui l&rsquo;impr\u00e8gnent refl\u00e8te-t-il cette itin\u00e9rance. Ce sont alors les moments impens\u00e9s du  quotidien, la r\u00e9p\u00e9tition, la banalit\u00e9 dans les travaux de Manon Rolland ou bien les cartes postales  empruntes d&rsquo;une m\u00e9ditation sur la m\u00e9moire avec Caroline Bouissou. Simone Simon quant \u00e0 elle  ravive l&rsquo;intensit\u00e9 ou l&rsquo;effacement des souvenirs par des enregistrements sonores tandis que Nicolas Daubanes d\u00e9clare : \u00ab Mon travail s&rsquo;inscrit dans la dur\u00e9e, il dessine un chemin, une trajectoire qui  tend vers la recherche de la libert\u00e9. \u00bb<br> Le temps demeure la mati\u00e8re myst\u00e9rieuse de cet ensemble d\u2019\u0153uvres toujours modestes mais  r\u00e9solument incrust\u00e9es dans l&rsquo;humain et la puissance \u00e9motionnelle. L&rsquo;itin\u00e9raire est une cha\u00eene  fragment\u00e9e. Il renvoie des parcelles d&rsquo;objets ou de mots comme les traces d&rsquo;un passage dans la vie et chaque \u00e9tape charrie l&rsquo;humble instant d&rsquo;un morceau d&rsquo;existence qui se transforme en po\u00e9sie. La  travers\u00e9e du temps est la qu\u00eate de cet espace o\u00f9 se joue l&rsquo;aventure de l&rsquo;art.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Michel Gathier, 2021<\/strong><\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator\"\/>\n\n\n\n<p><strong>Exposition Bruit originaire <\/strong><br> galerie contemporaine du MAMAC <br> Terra Amata <\/p>\n\n\n\n<p> <em>Bruit originaire <\/em>est une invitation \u00e0 un voyage dans le temps,  des premi\u00e8res traces d\u2019occupation humaine \u00e0 Nice il y a 400 000 ans et  du t\u00e9moignage des pierres taill\u00e9es laiss\u00e9es par cette communaut\u00e9, aux  exp\u00e9riences men\u00e9es aujourd\u2019hui par l\u2019artiste Charlotte Pringuey Cessac  pour convoquer la m\u00e9moire vibrante de ces vies pass\u00e9es.<br> La  pr\u00e9histoire, les outils et m\u00e9thodologies de l\u2019arch\u00e9ologie constituent  une source pour son travail, une mati\u00e8re \u00e0 partir de laquelle elle tisse  des exp\u00e9riences et des r\u00e9cits, s\u2019autorisant des vagabondages entre la  science et la licence po\u00e9tique, la trace laiss\u00e9e par l\u2019histoire et sa  r\u00e9invention contemporaine.<br> Pens\u00e9e comme un parcours, son exposition \u00e0  Nice se d\u00e9ploie du mus\u00e9e de Pr\u00e9histoire de Terra Amata, \u00e9picentre de  l\u2019activit\u00e9 de ces premiers hommes, au MAMAC, en passant par la colline  du ch\u00e2teau o\u00f9, en 2013, fut d\u00e9couverte une s\u00e9pulture peupl\u00e9e de restes  fun\u00e9raires datant des XIIe et XIIIe si\u00e8cles. <br> Cette promenade \u00e0  travers les si\u00e8cles s\u2019articule autour de l\u2019id\u00e9e d\u2019un Bruit originaire,  expression emprunt\u00e9e au po\u00e8te Rainer Maria Rilke. Apr\u00e8s qu\u2019il ait  d\u00e9couvert avec \u00e9merveillement le potentiel des premiers phonographes, il  r\u00eave \u00e0 \u00ab\u00a0une chose inou\u00efe\u00a0\u00bb\u00a0: \u00ab\u00a0mettre en sons les signatures  innombrables de la cr\u00e9ation qui durent dans le squelette, dans la  pierre, (\u2026), la fissure dans le bois, la d\u00e9marche d\u2019un insecte\u00a0\u00bb, et  entendre la m\u00e9moire d\u2019un \u00eatre disparu en parcourant les sillons du cr\u00e2ne  avec l\u2019appareil\u2026 Entre pens\u00e9e romantique et fantasme d\u00e9miurgique, cette  aspiration de Rilke \u00e0 r\u00e9-animer l\u2019absence, est un fil conducteur de la  proposition de Charlotte Pringuey Cessac.<br> La convocation d\u2019un monde  r\u00e9volu, le dialogue intime avec les t\u00e9moins du pass\u00e9 et la pens\u00e9e  magique dont elle investit ce qui semble inerte, dessinent une ode  sensible \u00e0 la m\u00e9moire et aux bruissements de ce qui n\u2019est plus\u00a0: nos  origines. <\/p>\n\n\n\n<p><strong>H\u00e9l\u00e8ne Guenin, <\/strong><br> Directrice du MAMAC <\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator\"\/>\n\n\n\n<p>\u2022<strong> Bruit Originaire <\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>A l&rsquo;occasion de l&rsquo;exposition \u00e0 Versailles, \u00ab\u00a0Il y a bien quelqu&rsquo;un qui finira par l&rsquo;amener quelque part\u2026\u00a0\u00bb en octobre 2017<\/p>\n\n\n\n<p>Un craquement. Lorsque le diamant engage sa course dans la trace du microsillon, les premiers frottements \u00e9mettent un son caract\u00e9ristique. La pointe se fraye un chemin par d\u00e9blaiement. Petit \u00e0 petit, la cavit\u00e9 sonore s&rsquo;entrouvre et nous laisse d\u00e9couvrir une succession de sons qui par harmonie, accord, hasard ou dissonance composent un ensemble pour lequel le sentier f\u00fbt m\u00e9ticuleusement grav\u00e9.<br><\/p>\n\n\n\n<p>Cerca trova \u2026<br><\/p>\n\n\n\n<p>En p\u00e9n\u00e9trant dans l&rsquo;exposition s&rsquo;entrouvre l\u00e0-aussi un univers caverneux. Trois masses noires entrechoquent notre vision et modifient notre d\u00e9placement. Comme toute sculpture, nous devons en faire le tour mais ici, la mati\u00e8re nous attire tout autant qu\\&rsquo;elle nous repousse. La profondeur du noir charbon happe notre regard mais l&rsquo;infinitude qu&rsquo;elle repr\u00e9sente nous met \u00e0 distance de l&rsquo;objet. Melancolia, en r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 la gravure d&rsquo;Albrecht D\u00fcrer, se constituent de blocs de charbon sculpt\u00e9s reprenant la forme du myst\u00e9rieux poly\u00e8dre. La d\u00e9couverte de ces blocs manufactur\u00e9s laisse pr\u00e9sager d&rsquo;une possible pr\u00e9sence.<br><\/p>\n\n\n\n<p>En se d\u00e9tournant de l&rsquo;espace qui s&rsquo;est offert \u00e0 nous en contournant Melancolia, nous d\u00e9couvrons sur la gauche, trois \u00e9l\u00e9ments.<br><\/p>\n\n\n\n<p>Le premier, Pianotement, est une feuille de feutre sur laquelle se dissipe de haut en bas, une s\u00e9rie d&#8217;empreintes \u00e0 l&rsquo;encre de gravure. Face \u00e0 cette suractivit\u00e9 d\u00e9bouchant sur une disparition, nous sommes plong\u00e9s dans l&rsquo;antre des pr\u00e9misses du geste de la repr\u00e9sentation. Les mains \u2013 en n\u00e9gatif ou en positif \u2013 des grandes peintures de l&rsquo;art pari\u00e9tal nous reviennent en m\u00e9moire. Ce \u00ab geste ubiquiste  \u00bb nous transporte instantan\u00e9ment \u00e0 mi-chemin entre la grotte pr\u00e9historique et l&rsquo;atelier de production de l&rsquo;artiste. Ici, seule l&#8217;empreinte subsiste ou plut\u00f4t pr\u00e9cise le geste tout en l&rsquo;actualisant. Les \u00e9crans tactiles nous ont amen\u00e9 \u00e0 utiliser avant tout les extr\u00e9mit\u00e9s de nos mains comme pour affiner nos mouvements tout en pr\u00e9servant le reste de nos membres.<br><\/p>\n\n\n\n<p>Le second, Bruit Originaire, est fondamental dans le projet \u00e9ponyme conduit par Charlotte Pringuey Cessac depuis 2013. Il est l&rsquo;aboutissement d&rsquo;une s\u00e9rie de recherches et de partenariats (CNRS, \u00c9cole Nationale Sup\u00e9rieure d&rsquo;Art de Limoges, Centre International d&rsquo;Art Verrier de Meisenthal, Fablab Easyceram de Limoges, etc.). La ligne de verre qui s&rsquo;\u00e9tire devant nos yeux est la repr\u00e9sentation des diff\u00e9rentes sutures qui traversent et regroupent les \u00e9l\u00e9ments de notre bo\u00eete cr\u00e2nienne.<br><\/p>\n\n\n\n<p>Le troisi\u00e8me, Les gommes, est une s\u00e9rie de gommes recouvertes tout ou partie de charbon. Cette mati\u00e8re fait alors r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 leur fonction d&rsquo;outils pour l&rsquo;artiste qui les utilise lors de ses dessins. \u00c0 diff\u00e9rents stades, Charlotte Pringuey Cessac cesse de les utiliser pour conserver leurs charges \u00e9motives. Elle nous pr\u00e9sente d\u00e8s lors une forme de r\u00e9sidu de pratique, qui, int\u00e9gr\u00e9 dans l&rsquo;espace d&rsquo;exposition, joue le jeu de la d\u00e9finition esth\u00e9tique de l&rsquo;artiste mais aussi celui du classement scientifique d&rsquo;un naturaliste.<br><\/p>\n\n\n\n<p>Cerca trova\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>En cherchant \u00e0 p\u00e9n\u00e9trer dans la seconde salle, le chemin qui semblait jusqu&rsquo;ici ais\u00e9 se distord. Un carroyage de ficelles g\u00eane la d\u00e9ambulation et met \u00e0 distance certaines \u0153uvres. Pourtant d&rsquo;un c\u00f4t\u00e9 comme de l&rsquo;autre, une installation s&rsquo;int\u00e8gre dans l&rsquo;espace.<br><\/p>\n\n\n\n<p>\u00c0 gauche, un tas de tegule \u2013 tuiles romaines \u2013 g\u00eet au sol. Cette s\u00e9pulture de gestes vient faire \u00e9chos aux tuiles utilis\u00e9es dans la s\u00e9pulture T209 d\u00e9couverte par les arch\u00e9ologues de Nice en 2013 et dont Charlotte Pringuey Cessac a fait l&rsquo;objet de ses recherches pr\u00e9sentes. Dans cet amas \u00e0 l&rsquo;abandon, les gestes du sculpteur apparaissent progressivement. On retrouve le toucher de la main et plus particuli\u00e8rement du pouce venant donner forme \u00e0 la rainure de la rigole. Face \u00e0 ces reproductions, les t\u00e2tonnements de la main de l&rsquo;artiste r\u00e9sonnent encore diff\u00e9remment au regard de l&rsquo;histoire architecturale.<br><\/p>\n\n\n\n<p>Sur la droite, un rouleau de feutre se d\u00e9ploie sur le mur. Devant nos yeux, quatre-vingt seize \u00ab possibles \u00bb r\u00e9alis\u00e9s \u00e0 partir des cinq m\u00eames triangles selon six protocoles diff\u00e9rents (pli, repli, d\u00e9pli, etc.) sont pr\u00e9sent\u00e9s. La d\u00e9multiplication des formes semble rendre la proposition exhaustive. Pourtant, il n&rsquo;en est rien car de multiples autres protocoles pourraient \u00eatre appliqu\u00e9s et ainsi produire une toute autre s\u00e9rie. Finalement, ce jeu de construction aboutit \u00e0 une r\u00e9ponse singuli\u00e8re au potentiel infini dont la composition pourrait \u00eatre unique. Le cycle qui se d\u00e9roule devant nous est-il un code permettant d\\&rsquo;ouvrir le chemin vers la salle suivante ? la repr\u00e9sentation d&rsquo;une partie de l&rsquo;ADN de restes humains retrouv\u00e9s dans la s\u00e9pulture T209 ? ou peut-\u00eatre la composition chimique des mat\u00e9riaux utilis\u00e9s dans les \u0153uvres de Charlotte Pringuey Cessac ?<br><\/p>\n\n\n\n<p>Cerca trova\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>Pas \u00e0 pas, nous progressons dans un d\u00e9dale relatif car le chemin semble trac\u00e9 vers la partie la plus fournie en vestiges qui pourrait \u00eatre une chambre fun\u00e9raire. En passant la derni\u00e8re paroi notre souhait est exauc\u00e9. Devant nous se dressent deux \u00e9l\u00e9ments distincts mais s&rsquo;imbriquant l&rsquo;un dans l&rsquo;autre. Le premier est un cr\u00e2ne, le second une porte close.<br><\/p>\n\n\n\n<p>U.S. 1676 \/ T209 est une petite impression 3D de la vo\u00fbte et du plancher  mis au jour par les arch\u00e9ologues du chantier de Nice. Install\u00e9 ainsi en tant qu&rsquo;\u00e9l\u00e9ment central de l&rsquo;exposition, il vient interrompre les sp\u00e9culations : nous sommes bel et bien dans le lieu du repos infini du d\u00e9funt. Il induit donc que les \u00e9l\u00e9ments pr\u00e9sents dans l&rsquo;espace doivent composer son environnement \u00e9ternel. Nous saisissons ainsi l&rsquo;importance des Anachronies situ\u00e9es sur notre droite. Ces p\u00e9gaux \u2013 pots fun\u00e9raires \u2013 habituellement en terre cuite sont r\u00e9alis\u00e9s par une impression 3D en c\u00e9ramique. Nous faisons face \u00e0 deux \u0153uvres dont la technique de fabrication nous am\u00e8ne \u00e0 un anachronisme important mais fabul\u00e9 depuis l&rsquo;entr\u00e9e dans l&rsquo;exposition. Si les nouvelles technologies sont pr\u00e9sentes, elles n&#8217;emp\u00eachent en rien l&rsquo;observation de d\u00e9tails relevant du travail de l&rsquo;homme et ce, notamment par le biais de ses \u00ab erreurs \u00bb. Par exemple, des boursouflures sont notables sur les Anachronies. Ces \u00ab erreurs \u00bb sont tout autant le fruit du travail de la main de l&rsquo;homme que celui de la technologie num\u00e9rique qui s&rsquo;autorise de l\u00e9g\u00e8res impr\u00e9cisions voire des inventions comme c&rsquo;est le cas avec le faux fond. Ces m\u00eames technologies ne rendent pas invisible le processus, elles en donnent \u00e0 voir les \u00e9tapes. Dans la pratique de Charlotte Pringuey Cessac, le processus est toujours pr\u00e9sent, qu&rsquo;il passe par la mise en avant du mat\u00e9riaux (Melancolia), de l&rsquo;outil (Les gommes), du geste (Pianotement) ou encore du temps (U.S. 1676 \/ T209) et de la rythmique (Adagio).<\/p>\n\n\n\n<p>Au fond de l&rsquo;espace, sur le mur blanc, se d\u00e9coupe en une parfaite opposition chromatique ce qui, \u00e0 premi\u00e8re vue, pourrait \u00eatre une porte. Une fois face \u00e0 Yoka\u00ef, il s&rsquo;agit d&rsquo;une masse noire intense et rugueuse, en l\u00e9vitation. Le haut relief compos\u00e9 de morceaux de charbon de bois cr\u00e9e une vibration visuelle dont le mat\u00e9riau nous ram\u00e8ne \u00e0 nos premiers pas dans l&rsquo;exposition. Plus nous nous approchons, plus les jeux de lumi\u00e8re dus aux multiples inclinaisons des \u00e9l\u00e9ments op\u00e8rent des modifications sensorielles qui d\u00e9bouchent sur un vertige. Cette porte est-elle l&rsquo;entr\u00e9e originelle de la s\u00e9pulture ou, \u00e0 son tour, une sortie vers un au-del\u00e0 ?<br><\/p>\n\n\n\n<p>Cerca trova\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>Sur le chemin du retour, tous les \u00e9l\u00e9ments qui ont compos\u00e9 notre p\u00e9riple s&rsquo;amoncellent mais quatre \u00e9l\u00e9ments semblent faire leur apparition. De chaque c\u00f4t\u00e9, des cadres contenant des lignes de verre sont install\u00e9es comme pourraient l&rsquo;\u00eatre des torches pr\u00eates \u00e0 illuminer l&rsquo;espace d&rsquo;une lumi\u00e8re scintillante. Bruit Originaire, dont nous avions d\u00e9j\u00e0 crois\u00e9 l&rsquo;un d&rsquo;entre eux, vient rythmer la seconde partie de l&rsquo;exp\u00e9rience tout en mettant en avant le sentiment d&rsquo;un cheminement al\u00e9atoire au sein de la mati\u00e8re. Le verre semble avancer puis rebrousser chemin et finalement ouvrir de nouvelles voies \u00e0 de multiples reprises. Ici, dans les m\u00e9andres du travail de la mati\u00e8re vient sourdre le bruissement de la recherche : empirisme, s\u00e9rendipit\u00e9, t\u00e2tonnement\u2026<br><\/p>\n\n\n\n<p>Au retour \u2013 comme \u00e0 l&rsquo;aller -, nos pas s&rsquo;accompagnent d&rsquo;une lente mont\u00e9e sonore dont on ne sait d\u00e9finir la provenance ni m\u00eame la cause. L\u2019\u00e9nigme est totale comme ce devait \u00eatre le cas pour les astronautes de la mission Apollo 10 qui, effectuant le dernier vol de pr\u00e9paration avant le premier alunissage de l&rsquo;homme, entendirent un myst\u00e9rieux sifflement. Musique extraterrestre ou simple interf\u00e9rence ?<br><\/p>\n\n\n\n<p>Pour Primal sound, il s&rsquo;agit en r\u00e9alit\u00e9 du son enregistr\u00e9 par les \u00e9quipes du Laboratoire de M\u00e9canique Acoustique de Marseille. Comme l&rsquo;imaginait Rainer Maria Rilke dans Bruit originaire, le chemin trac\u00e9 par nos bo\u00eete et sutures cr\u00e2niennes sont \u00e0 l&rsquo;origine d&rsquo;une m\u00e9lodie primitive. \u00ab [\u2026] voici que, tremblant, chancelant, sortait du cornet de papier le son qui, un instant plus t\u00f4t, \u00e9tait n\u00f4tre, et qui maintenant, incertain sans doute, indescriptiblement bas et h\u00e9sitant, et par moments d\u00e9faillant, nous revenait. L&rsquo;effet produit \u00e9tait \u00e0 chaque fois absolument parfait . \u00bb<br><\/p>\n\n\n\n<p>Avec Primal sound, le r\u00e2le g\u00e9n\u00e9reux s&rsquo;\u00e9tend dans le temps comme dans l&rsquo;espace pour finalement s&rsquo;imprimer \u2013 voire se graver \u2013 durablement dans notre esprit. Qu&rsquo;en sera-t-il alors de notre propre suture sagittale au sortir de l&rsquo;exposition ? Sera-t-elle model\u00e9e par la m\u00e9moire des derniers habitants de la s\u00e9pulture T209 ?<br><\/p>\n\n\n\n<p>Un second craquement se fait entendre. Il est temps de quitter l\\&rsquo;espace car, quoi qu\\&rsquo;il arrive, il y a bien quelqu\\&rsquo;un qui finira par l\\&rsquo;amener quelque part\u2026<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Octobre 2017<br>Anthony Lenoir, <br>Critique d&rsquo;art et commissaire d&rsquo;exposition<\/strong><\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator\"\/>\n\n\n\n<p>\u2022 <strong>Chuchotements et contrepoints (Juin 2015<\/strong>)<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab O\u00f9 allons-nous? Tout a \u00e9t\u00e9 fait. Depuis ces vingt derni\u00e8res ann\u00e9es, il semble que les limites extr\u00eames aient \u00e9t\u00e9 atteintes. On ne peut \u00eatre plus ing\u00e9nieux, plus raffin\u00e9 que Ravel, plus audacieux que Stravinsky. Quelle sera la nouvelle formule d&rsquo;art ? Il faudra retourner aux sources m\u00eames, \u00e0 la simplicit\u00e9, pour trouver quelque chose de v\u00e9ritablement neuf. Le contrepoint ? L\u00e0, sans doute, se trouve l&rsquo;avenir ! \u00bb (Paul Dukas, 1865-1935)<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab\u00a0Je frotte, j&rsquo;aplatis, j&rsquo;explose, j&rsquo;\u00e9crase, j&rsquo;enfonce\u2026\u00a0\u00bb . Bruissements d&rsquo;actions plastiques premi\u00e8res dont naissent des visions sophistiqu\u00e9es, intrigantes qui opposent des principes formels qui ont longtemps servis \u00e0 distinguer les Abstractions entre elles et dont l&rsquo;artiste nous prouve la nature primitive : le lyrique et le g\u00e9om\u00e9trique, l&rsquo;expression et le concept que sont-ils d&rsquo;autre que le reflet de la facture d&rsquo;un monde o\u00f9 s&rsquo;oppose toujours l&rsquo;organique et le cristallin, la faune sous-marine et droit bambou ? En r\u00e9introduisant des motifs naturels et utilisant des mat\u00e9riaux pauvres, l&rsquo;artiste nous rappelle qu&rsquo;au c\u0153ur des abstractions, c&rsquo;est le c\u0153ur du monde qu&rsquo;on entend.<\/p>\n\n\n\n<p>Artiste post-moderne en qu\u00eate d&rsquo;atemporel, Pringuey Cessac ne se soucie pas d&rsquo;une \u00ab puret\u00e9 \u00bb artificielle : ainsi la figure appara\u00eet, oscille et dispara\u00eet, se dissout ou se loge dans le titre. Elle passe naturellement du travail mural \u00e0 l&rsquo;appropriation d&rsquo;un outil administratif, du dessin \u00e0 la sculpture, de l&rsquo;in situ \u00e0 l&rsquo;action enregistr\u00e9e en vid\u00e9o. Et pourtant, d\u00e8s lors qu&rsquo;ils entrent dans sa pratique, tous ces proc\u00e9d\u00e9s se compl\u00e8tent au lieu de s&rsquo;opposer ou se succ\u00e9der. Ils participent ainsi \u00e0 l&rsquo;extension d&rsquo;un univers singulier.<\/p>\n\n\n\n<p>Les compositions de Pringuey Cessac montrent son go\u00fbt prononc\u00e9 pour le noir, le charbon, le graphite, les traces de vie organique brul\u00e9e ou comprim\u00e9e. Le mur lui devient ar\u00e8ne verticale, lieu de danse avec la mati\u00e8re, endroit de cadences, de formes organiques, aquatiques ou ardentes. Mais elle ne cesse de \u00ab\u00a0contreponctuer\u00a0\u00bb ses mouvements expressifs \u00ab\u00a0rigoureusement\u00a0\u00bb de traits nets, de blancheurs et de silences.<\/p>\n\n\n\n<p>M\u00eame si l&rsquo;apparence finale n&rsquo;est jamais anticip\u00e9e dans ses moindres d\u00e9tails, l&rsquo;artiste ne s&#8217;embarque pas dans un voyage purement instinctif dont l&rsquo;issue lui serait enti\u00e8rement inconnue au moment o\u00f9 elle amorce la r\u00e9alisation. Con\u00e7us en fonction du lieu, ses dessins muraux (O.D.E.) et ses sculptures in situ sont r\u00e9fl\u00e9chis et pr\u00e9par\u00e9s longtemps \u00e0 l&rsquo;avance. Fruits de gestes bien ma\u00eetris\u00e9s, leur vis\u00e9e m\u00eame les encadre : trompe l\u2019\u0153il et anamorphose ne s&rsquo;improvisent pas.<\/p>\n\n\n\n<p>Ainsi l&rsquo;apparence des \u0153uvres refl\u00e8te une d\u00e9marche o\u00f9 pr\u00e9m\u00e9ditation et s\u00e9rendipit\u00e9 ne s&rsquo;excluent pas. A l&rsquo;instar du contrepoint et de cette structure A-B-A qui est propre \u00e0 L&rsquo;adagio et \u00e0 la sculpture du m\u00eame nom, les m\u00eames principes r\u00e9apparaissent r\u00e9guli\u00e8rement dans son travail pour y engendrer des formes nouvelles \u00e0 plat ou dans l&rsquo;espace. Ch\u00e8re \u00e0 l&rsquo;artiste, la r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 la musique est omnipr\u00e9sente : ces tampons encreurs o\u00f9 un cadre g\u00e9om\u00e9trique renferme un int\u00e9rieur plus ou moins \u00ab charg\u00e9 \u00bb s&rsquo;appellent VARIATIONS.<\/p>\n\n\n\n<p>Comme lorsque le mur blanc fait charpente dans des braises de charbon noir, les contours des tampons encreurs sont nets, administratifs, comme l&rsquo;est aussi leur taille standard. Le protocole d&rsquo;application ne l&rsquo;est pas moins : 5 tampons et 5 principes de composition et d&rsquo;action (\u00ab\u00a0Tamponner !\u00a0\u00bb) donnent lieu \u00e0 25 combinaisons. Basculant entre tache et ligne, stabilit\u00e9 et d\u00e9s\u00e9quilibre, espacement et superposition, l&rsquo;artiste y explore des principes de composition et les lois de notre perception : lorsque nous regardons ce dessin avec l&rsquo;attention requise, chaque combinaison nous donne une sensation bien pr\u00e9cise : perte d&rsquo;\u00e9quilibre, stabilit\u00e9 pr\u00e9caire ou pause vibrante.<\/p>\n\n\n\n<p>Inventant de nouveaux proc\u00e9d\u00e9s ou s&rsquo;appropriant des techniques existantes, Charlotte Pringuey Cessac repousse les fronti\u00e8res de son univers dont l&rsquo;extension se fait de mani\u00e8re horizontale et verticale. Elle \u00e9largit et elle creuse en parall\u00e8le : apr\u00e8s avoir utilis\u00e9 le charbon pour dessiner, d\u00e9posant la mati\u00e8re noire sur le papier ou le mur, celui-ci a fini par faire \u0153uvre, \u00e0 l&rsquo;instar de ces gommes enti\u00e8rement satur\u00e9es de mati\u00e8re noire et des gestes m\u00eame de la dessinatrice dans une de ses vid\u00e9os. Lorsque ce tronc imposant sauv\u00e9 du feu devient la sculpture ADAGIO l&rsquo;opposition fondamentale entre ondulation \u00ab\u00a0naturelle\u00a0\u00bb et g\u00e9om\u00e9trie \u00ab\u00a0artefactuelle\u00a0\u00bb se rejoue une fois de plus, \u00e0 nouveau, autrement.<\/p>\n\n\n\n<p>Le bois br\u00fbl\u00e9 est aussi la mati\u00e8re de sculpture \u00ab\u00a0Le Baiser\u00a0\u00bb. Hommage \u00e0 la \u00ab\u00a0Psychanalyse du feu\u00a0\u00bb de Gaston Bachelard, on peut y voir comme la r\u00e9ponse de l&rsquo;artiste au \u00ab\u00a0Baiser\u00a0\u00bb de Brancusi. L&rsquo;union entre les amants reste partielle et potentiellement \u00e9ph\u00e9m\u00e8re et leur diff\u00e9rence est aussi importante que leur ressemblance.<\/p>\n\n\n\n<p>Si Charlotte Pringuey Cessac pose des questions de dessinateur et de sculpteur et travaille constamment \u00e0 \u00e9largir son vocabulaire plastique et son champ d&rsquo;intervention, ses \u0153uvres ne font jamais l&rsquo;impasse sur l&rsquo;exp\u00e9rience du r\u00e9cepteur. Face \u00e0 ses \u0153uvres, notre imaginaire joue un r\u00f4le tout aussi important que notre plaisir des formes et des mati\u00e8res. Les volumes qu&rsquo;elle cr\u00e9e et les lignes qu&rsquo;elle tire activent des souvenirs dont nous pouvons parfois nous demander si ce sont vraiment les n\u00f4tres ou s&rsquo;ils ne rel\u00e8vent pas plut\u00f4t de la part que nous prenons \u00e0 une esp\u00e8ce de conscience collective. Ses \u0153uvres font ainsi surgir des cabanes, des visions sous-marines, des cachettes foresti\u00e8res, des cavernes, des braises ou des d\u00e9mons camoufl\u00e9s qui semblent souvent traverser le temps autant que les cultures. \u00ab\u00a0Ghillie-Ghillie\u00a0\u00bb rapproche les yoka\u00ef, \u00eatres inqui\u00e9tants de la \u00ab\u00a0monstrologie\u00a0\u00bb folklorique japonaise et la \u00ab\u00a0Ghillie suit\u00a0\u00bb, tenue de camouflage qui imite la v\u00e9g\u00e9tation foresti\u00e8re. Cette tenue, qui imite son environnement pour mieux s&rsquo;y fondre est \u00e0 l&rsquo;image des compositions de l&rsquo;artiste qui ne cessent d&rsquo;osciller entre fusion et mise \u00e0 distance, pr\u00e9sentation et repr\u00e9sentation, indice et image, chuchotement et silence.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Klaus Speidel, <br>Critique d&rsquo;art et Philosophe<br>Exposition personnelle \u00e0 la Galerie Martagon, Malauc\u00e8ne, \u00e9t\u00e9 2015<\/strong><br><\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator\"\/>\n\n\n\n<p>\u2022 Charlotte Pringuey Cessac chasse les esprits, ou plut\u00f4t les capture, et fait \u00e9merger de la poudre d\u00e9licate du charbon, des fragments de nature dans lesquels une tension surnaturelle se r\u00e9v\u00e8le. Elle cherche \u00e0 percevoir les lignes de force qui traversent le sensible et \u00e0 les transcrire par des gestes puissants dont la spontan\u00e9it\u00e9 exprime son rapport primitif au monde.<\/p>\n\n\n\n<p>Ce qui nous frappe d&rsquo;abord dans son travail est l&rsquo;importance donn\u00e9e \u00e0 la mati\u00e8re, le charbon, p\u00e9trification par le feu du v\u00e9g\u00e9tal, \u00e0 la fois compact, brut, terrien de fait, et pulv\u00e9rulent, d\u00e9licat, a\u00e9rien d&rsquo;intention.<\/p>\n\n\n\n<p>La mati\u00e8re organique devenue inerte se d\u00e9lite, se r\u00e9pand en poussi\u00e8re et construit, par le jeu des noirs sur la surface blanche, le plan d&rsquo;un grand dessin mural qui nous fait face et dont on ne per\u00e7oit pas imm\u00e9diatement les limites. Un espace additionnel surgit, comme un empreinte sur une page blanche r\u00e9v\u00e8le la structure, quasi invisible, des nervures de la surface sur laquelle elle est pos\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p>C&rsquo;est bien ce surgissement de l&rsquo;infini que recherche Charlotte Pringuey Cessac, lui qui r\u00e9v\u00e8le au c\u0153ur de l&rsquo;espace architectural r\u00e9el une profondeur insoup\u00e7onn\u00e9e affleurant \u00e0 la surface du noir paysage.<\/p>\n\n\n\n<p>La p\u00e9trification de l&rsquo;arbre fait aussi \u00e9cho \u00e0 la p\u00e9trification de l&rsquo;eau, telle qu&rsquo;on peut la voir \u00e0 l&rsquo;\u0153uvre dans les fontaines de Pamukkale, ruissellement fig\u00e9 dans une construction fantastique, pendant blanc de l&rsquo;\u00e9rection noire des orgues de basalte de Yellowstone. Cette ambigu\u00eft\u00e9 entre la coulure solide et la construction ondulante se retrouve dans la pi\u00e8ce murale, sorte de monstrueuse pelisse, o\u00f9 la mati\u00e8re charbonneuse se concentre et s&rsquo;assemble par fragments compacts dans un dessin en trois dimensions, une sculpture en haut relief attach\u00e9e \u00e0 la surface et qui fait pourtant effort pour s&rsquo;en extraire. Ce mouvement arr\u00eat\u00e9 construit par l&rsquo;artiste joue avec les images des structures quasi surnaturelles cr\u00e9\u00e9es par une s\u00e9dimentation lente et continue, comme une m\u00e9taphore de la r\u00e9v\u00e9lation d&rsquo;un dessein cach\u00e9 que seule la r\u00e9p\u00e9tition obstin\u00e9e d&rsquo;un geste met \u00e0 jour.<\/p>\n\n\n\n<p>Ce surgissement de la mati\u00e8re est le fruit d&rsquo;une praxis qui se m\u00e9tamorphoserait incidemment en po\u00efesis, comme si l&rsquo;artiste se donnait pour but inconscient de r\u00e9concilier par son activit\u00e9 deux actions oppos\u00e9es, puisant \u00e0 la source d&rsquo; Aristote pour mieux le contredire en somme.<\/p>\n\n\n\n<p>Le rapport de l&rsquo;homme \u00e0 la nature est loin de se limiter \u00e0 la fascination inqui\u00e8te \u00e9prouv\u00e9e devant le myst\u00e8re qui lui \u00e9chappe et dans lequel il tend \u00e0 reconna\u00eetre l&rsquo;activit\u00e9 du surnaturel et du surhumain. Ce rapport s&rsquo;incarne aussi dans un effort de l&rsquo;esprit rationnel pour embrasser le monde, en classer et en nommer les diff\u00e9rents \u00e9l\u00e9ments, pour le conna\u00eetre.<\/p>\n\n\n\n<p>Charlotte Pringuey Cessac, dans le regard qu&rsquo;elle pose sur les choses qui l&rsquo;entourent, se r\u00e9f\u00e8re aussi bien \u00e0 l&rsquo;interpr\u00e9tation magique populaire qu&rsquo;\u00e0 la taxinomie scientifique, en d\u00e9tournant l&rsquo;une et l&rsquo;autre de leur vis\u00e9e explicative.<\/p>\n\n\n\n<p>Jouant avec la forme brute des \u00e9l\u00e9ments naturels et ce que l&rsquo;intitulation contemporaine a gard\u00e9 de souvenir du nominalisme aristot\u00e9licien, elle cr\u00e9e d&rsquo;abord un signifiant par suggestion formelle dans Le Baiser. Comme si la puissance d&rsquo;\u00e9vocation de l&rsquo;image et du mot r\u00e9ussissait \u00e0 transcender le r\u00e9el pour sugg\u00e9rer la vie dans son principe moteur m\u00eame, le d\u00e9sir, \u00e0 partir de deux \u00e9l\u00e9ments inertes et morts.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais c&rsquo;est dans son installation Les Gommes que l&rsquo;effort de cr\u00e9ation d&rsquo;objet charg\u00e9 de sens par la d\u00e9nomination et le classement est le plus tangible. Dans la tradition taxinomique scientifique moderne, les gommes sont align\u00e9es, rang\u00e9es, expos\u00e9es pour mieux faire percevoir d&rsquo;un seul coup d&rsquo;\u0153il en quoi elles sont \u00e0 la fois semblables et diff\u00e9rentes. Ici l&rsquo;objectif n&rsquo;est pas de sugg\u00e9rer des liens d&rsquo;engendrement ou de cousinage, en d\u00e9finissant les contours d&rsquo;une famille d&rsquo;\u00eatres vivants, comme le ferait un entomologiste, mais plut\u00f4t de donner \u00e0 appr\u00e9hender une palette de traces, qui sont aussi des souvenirs, et par l\u00e0 m\u00eame des \u00e9motions. L&rsquo;artiste, par un regard r\u00e9trospectif et distanci\u00e9 sur sa pratique, propose paradoxalement les bases d&rsquo;une po\u00e9tique inspir\u00e9e par la mati\u00e8re m\u00eame, interpr\u00e9tant dans une r\u00e9alit\u00e9 toute personnelle la po\u00e9tique des \u00e9l\u00e9ments \u00e9labor\u00e9e par Gaston Bachelard.<\/p>\n\n\n\n<p>Les Ghillies, monstres esquiss\u00e9s \u00e0 la pierre noire sur des feuilles de papier calque, puisent leur forme dans une tradition \u00e0 la fois populaire, \u00e0 travers l&rsquo;\u00e9vocation des l\u00e9gendes rurales japonaises, et savante, par la r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 une technique de dessin perfectionn\u00e9e \u00e0 la Renaissance. <\/p>\n\n\n\n<p>Ces Ghillies, sont des Y\u00f4kai, d\u00e9sincarn\u00e9s par un trait l\u00e9ger sur un fonds translucide, fondus dans la v\u00e9g\u00e9tation. On ne sait plus tr\u00e8s bien s&rsquo;ils sont l&rsquo;expression des terreurs des hommes face \u00e0 leur condition de mortels, ou au contraire la forme que prend l&rsquo;instinct de destruction pour habiter la nature de sa d\u00e9mesure trop humaine.<\/p>\n\n\n\n<p>La r\u00e9f\u00e9rence qui pourrait \u00eatre empreinte d&rsquo;un orientalisme onirique nostalgique est r\u00e9activ\u00e9e par le jeu sur les termes et le m\u00e9tissage formel avec les tenues de camouflage contemporaines (ghillie suit). La charge inqui\u00e9tante est elle-m\u00eame d\u00e9samorc\u00e9e par le jeu de mots du titre (Ghillie Ghillie) par lequel Charlotte Pringuey Cessac nous ram\u00e8ne \u00e0 l&rsquo;univers enfantin, au travestissement qui est aussi un jeu, mais un jeu s\u00e9rieux. Elle s&#8217;empare de l&rsquo;esprit m\u00eame de la culture et des contes populaires dans ce qu&rsquo;ils ont de profond, en ce qu&rsquo;ils expriment par la fiction les d\u00e9sirs et les peurs inconscientes les plus enfouies et les plus partag\u00e9es.<\/p>\n\n\n\n<p>Charlotte Pringuey Cessac nous donne \u00e0 contempler la d\u00e9licate noirceur des pulsions mortif\u00e8res qui nous habitent, par moments. Par la spontan\u00e9it\u00e9 de son geste et la simplicit\u00e9 brute de la mati\u00e8re qu&rsquo;elle emploie, elle renoue avec la production d&rsquo;images primitives et pour elle essentielles. Charlotte Pringuey Cessac s&rsquo;inspire des premi\u00e8res traces laiss\u00e9es par les hommes sur les parois de grottes obscures, dans un but demeurant pour nous \u00e0 la fois parfaitement \u00e9vident et d\u00e9finitivement myst\u00e9rieux.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Amel Nafti<br>Directrice des \u00e9tudes et de la recherche \u00e0 la Villa Arson \u00e0 Nice <br>5 mai 2014<\/strong><\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator\"\/>\n\n\n\n<p>\u2022 (\u2026) C\u2019est en creusant (\u2026) plus profond\u00e9ment dans les couches superpos\u00e9es des territoires de l\u2019art qu\u2019appara\u00eet l\u2019\u00e9l\u00e9ment naturel source des premi\u00e8res expressions sur les murs des galeries aurignaciennes: le charbon. Charlotte Pringuey Cessac privil\u00e9gie cette d\u00e9couverte pr\u00e9historique comme mat\u00e9riau originel, \u00e0 la source de toutes ces aventures. Dans le parcours de l\u2019artiste, l\u2019attrait pour l\u2019arch\u00e9ologie appara\u00eet au d\u00e9tour d\u2019interventions dans des congr\u00e8s, de recherches sur les fouilles du tramway \u00e0 Nice ou encore d\u2019autres \u00e9crits dans les revues d\u2019arch\u00e9ologie. C\u2019est le grand-p\u00e8re de Charlotte Pringuey Cessac, entomologiste et agronome, qui lui a fait d\u00e9couvrir le charbon de bois. Elle a commenc\u00e9 \u00e0 travailler avec des morceaux de branches carbonis\u00e9es, tr\u00e8s gras et velout\u00e9s, provenant de la Soci\u00e9t\u00e9 La Foresti\u00e8re du Nord, bas\u00e9e \u00e0 Igny (qui deviendra son m\u00e9c\u00e8ne par la suite). Charlotte Pringuey Cessac consid\u00e8re tr\u00e8s justement que \u00able charbon de bois est un mat\u00e9riau qui contient d\u00e9j\u00e0 en lui-m\u00eame du dessin\u00bb. Son \u0153uvre contemporaine tend la main, plus de trente mille ans apr\u00e8s les t\u00e9moignages au charbon de bois de la grotte Chauvet, \u00e0 son fr\u00e8re si lointain et si proche.(\u2026). <br><br><strong>Claude Guibert, critique d\u2019art, Le Monde<br>Texte (extrait), <br>exposition collective \u00ab M\u00e9tamorphoses \u00bb, Laure Roynette Galerie, Paris, d\u00e9cembre 2012<\/strong><\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator\"\/>\n\n\n\n<p>\u2022 Le travail de Charlotte Pringuey Cessac est caract\u00e9ris\u00e9 par un lien fort entre sujet et moyen. Comme la premi\u00e8re femme qui aurait peint, selon Pline l\u2019Ancien, elle utilise un charbon &#8211; ou, plus pr\u00e9cis\u00e9ment, parce que ces dessins sont autrement grands &#8211; un tas de charbons charbon. Les premiers t\u00e9moignages de l\u2019activit\u00e9, sinon artistique, tout de m\u00eame repr\u00e9sentative de l\u2019homme, sont des peintures murales. Avec des dessins d\u2019arbre sur le mur, Charlotte Pringuey Cessac s\u2019inscrit dans la plus longue tradition de la peinture, qu\u2019elle soit r\u00e9elle comme Lascaux ou imagin\u00e9 comme l\u2019est probablement celle de Pline. Les premi\u00e8res pratiques picturales \u00e9taient certainement li\u00e9es \u00e0 des rites. Et lorsqu\u2019on la voit travailler, seule, la nuit, lorsqu\u2019on l\u2019entend murmurer, gratter, il devient presque in\u00e9vitable d\u2019inscrire son travail dans cette tradition. Ce travail, n\u2019est-il pas autant travail sur un objet que travail sur soi-m\u00eame ? Avec son \u00e9ponge naturelle, elle efface jusqu\u2019au moment o\u00f9 les repentirs sont aussi importants que les traits : les traces d\u2019effacement font eux-m\u00eames partie int\u00e9grante du tout. <br><strong><br>Klaus Speidel, critique d\u2019art, exposition \u00ab Ne pas toucher au contour \u00bb, 2006<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-left\"><strong>&#8211; &#8211; &#8211; &#8211; &#8211; &#8211; &#8211; &#8211; &#8211;<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><em>Charlotte Pringuey Cessac\u2019s work is characterized by a strong link between process and subject. She uses coal, just as, according to Pliny the Elder, the first woman ever to paint &#8211; or, more exactly, because these drawings are quite large &#8211; a heap of coals. The first instances of this activity, not artistic, but nonetheless representative of man, are murals. With drawings of trees on the wall, Charlotte Pringuey Cessac joins in the longest tradition of painting, a tradition as real as Lascaux or as imagined as Pliny\u2019s probably is. The first pictorial practices were certainly connected to ritual. And when we see her working, alone, at night, when we hear her murmuring, scratching, it becomes almost impossible not to place her work in this tradition. Is not this work as much work about an object as work about herself ? With her natural sponge, she erases until the moment when the erasures are as important as the lines : the tracks of disappearance make themselves anintegral part of the whole.<\/em> <br><br><em><strong>Klaus Speidel, art critic, \u00ab Ne pas toucher au contour \u00bb exhibition, 2006<\/strong><\/em><\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator\"\/>\n\n\n\n<p>\u2022 Charlotte Pringuey Cessac puise les sources de son travail dans le film d\u2019animation. Elle en extrait des images qu\u2019elle isole du flux narratif via le dessin pour les proposer comme autant d\u2019exp\u00e9riences sensibles. Ce processus d\u2019analyse et de d\u00e9montage du cin\u00e9ma d\u2019animation l\u2019am\u00e8ne \u00e0 repasser par plusieurs stades de fabrication de l\u2019image depuis le dessin sur calque ou le cellulo\u00efd, en passant par les techniques d\u2019animation du projet dessin\u00e9, jusqu\u2019\u00e0 la maquette. Quels que soient le m\u00e9dium entrepris et la forme atteinte, l\u2019exploration du film est ici cristallis\u00e9e \u00e0 travers la pratique du dessin, espace de rencontre de ces manipulations successives. C\u2019est ainsi que parall\u00e8lement au dessin peuvent intervenir la photographie ou la vid\u00e9o, comme la sculpture ou le son. Mais c\u2019est \u00e0 travers des projets de dessin mural que sa d\u00e9marche trouve un d\u00e9ploiement spectaculaire. Par le biais de la fabrication d\u2019images monumentales, la jeune artiste se confronte alors physiquement \u00e0 l\u2019espace et \u00e0 la mat\u00e9rialit\u00e9 du fusain pour donner corps \u00e0 des installations enveloppantes, v\u00e9ritables d\u00e9cors dans lesquels le regardeur est invit\u00e9 \u00e0 rentrer. Les r\u00e9f\u00e9rences cin\u00e9matographiques que Charlotte Pringuey Cessac d\u00e9cline dans ces sc\u00e9nographies ont souvent affaire avec des \u00e9motions ou des souvenirs personnels auxquels elles se croisent volontiers. Ainsi, les installations au fusain d\u00e9veloppent-elles des atmosph\u00e8res particuli\u00e8res qui reprennent des images mentales de paysages f\u00e9\u00e9riques comme ces frondaisons ondoyantes d\u2019arbres desquelles surgit l\u2019architecture pr\u00e9caire d\u2019une cabane. Les jeux d\u2019ombre et de lumi\u00e8re exploitent la densit\u00e9 et la profondeur du fusain qui va parfois jusqu\u2019\u00e0 se r\u00e9pandre en poudre noire sur le sol. Tout r\u00e9cemment, ces images po\u00e9tiques se sont mat\u00e9rialis\u00e9es sous la forme de sculptures en charbon de bois, outil primitif du dessin. Parmi ces pi\u00e8ces, on reconna\u00eet l\u2019image lointaine du palais du Roi et l\u2019oiseau fig\u00e9e sous les traits d\u2019une cabane carbonis\u00e9e. Les longues jambes dot\u00e9es de roulettes qui lui servent de support indiquent que ce souvenir a encore quelque chose de mobile. <br><strong><br>Catherine Macchi, critique d\u2019art, exposition \u00ab Hypoth\u00e9tiques \u00bb, 2009<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>&#8211; &#8211; &#8211; &#8211; &#8211; &#8211; &#8211; &#8211; &#8211; <\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><em>Charlotte Pringuey Cessac draws the sources of her work from animated films. She extracts a few images, which she isolates from the narrative flow within her drawings, offering these images themselves as sensory experiences. This process of analysing and dismantling animated films reenacts several of the stages of producing the animated image, from the drawing on copy paper or celluloid, to the techniques of animation project design, and the mock-up. Whatever the original medium and the final form, the exploration of film is crystallized here through the practice of drawing, the common ground of these various experiments. Similarly, the drawing can interrupt the photograph or video. But it is in her wall drawing projects that her approach finds spectacular realization. Through the creation of monumental images, the young artist confronts the physical space and the material of charcoal, giving substance to immersive installations, real scenery which the spectator is invited to enter. The cinematic references which Charlotte Pringuey Cessac incorporates into these installations often deal with feelings or personal memories, connections which she invites. Thus, the charcoal installations develop particular atmospheres which recall mental images of fairylike landscapes, like rippling foliage from which rises the precarious architecture of a cabana. The games of dark and light exploit the density and depth of charcoal which sometimes almost becomes simply black powder spread on the ground. Quite recently, these poetic images materialized in the form of sculptures in charcoal, the primitive tool of drawing. Among these works, we recognize the distant image of the palace of \u201cLe Roi et L\u2019Oiseau\u201d by Paul Grimaud rendered in the guise of a carbonized hut. The long legs, endowed with wheels as support, suggest that this memory still has something mobile.<\/em> <br><br><strong>Catherine Macchi, art critic, \u00ab Hypoth\u00e9tiques \u00bb exhibition, 2009<\/strong><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u2022 Projet Nomade Le mot n&rsquo;est pas la chose, le&#8230;<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"parent":0,"menu_order":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","template":"","meta":{"ngg_post_thumbnail":0},"yoast_head":"<!-- This site is optimized with the Yoast SEO plugin v18.8 - https:\/\/yoast.com\/wordpress\/plugins\/seo\/ -->\n<title>Textes - Charlotte PRINGUEY CESSAC<\/title>\n<meta name=\"description\" content=\"Textes sur le travail de Charlotte Pringuey-Cessac, Bruit originaire par Anthony Lenoir, Chuchotements et contrepoints par Klaus Speidel...\" \/>\n<meta name=\"robots\" content=\"index, follow, max-snippet:-1, max-image-preview:large, max-video-preview:-1\" \/>\n<link rel=\"canonical\" href=\"http:\/\/www.pringueycessac-charlotte.com\/site\/textes\/\" \/>\n<meta property=\"og:locale\" content=\"fr_FR\" \/>\n<meta property=\"og:type\" content=\"article\" \/>\n<meta property=\"og:title\" content=\"Textes - 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